Lup Salad DS: Lupupu Cube, le test sur DS

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SA-LA-DA, EN AVANT LES BÊTISES!

Lup Salad DS: Lupupu Cube (à vos souhaits) est un de ces curieux petits jeux de réflexion sortis de nulle part et injustement ignorés. Sorti initialement en 1996 sur PlayStation au Japon, adapté d’un manga, il a été miraculeusement ressucité en 2008 sur Nintendo DS, uniquement au Japon là encore, mais dans une version complètement repensée.

Si vous avez envie de réconcilier votre âme d’enfant avec toute la capacité logique de votre cerveau d’adulte, suivez ce test pour découvrir une petite perle ignorée.

 

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De gauche à droite, papa, tonton et Salad, ici déguisée en manchot.

On a trop souvent tendance à sous-estimer les jeux « mignons », a fortiori japonais, tant ils semblent surenchérir dans la guimauve. Et comme d’habitude, les préjugés nous induisent en erreur. La preuve avec Lup Salad DS: Lupupu Cube, adaptation (remix même à ce niveau) d’un jeu de réflexion sur PlayStation très obscur et pourtant débordant de qualités.

Tout d’abord un peu d’histoire. À l’origine il y a donc un manga de 1992, Rup*Salad, d’Izumi Takemoto, un auteur totalement inconnu ici, mais populaire au Japon, qui écrit toutes sortes d’histoires, SF, détective, romance, avec beaucoup d’humour et un style aux traits doux, aux couleurs aquarelle et aux visages un peu enfantins. Les collectionneurs sur Mega CD qui importent des jeux peuvent le connaître par le digital comic Yumimi Mix!. Ensuite viennent deux studios indépendants japonais, Fupac (X-Kaliber 2097 et Cacoma Knight sur SNES) et Datam Polystar (Kendo Rage sur SNES, et Märchen Adventure Cotton 100% sur Super Famicom), qui vont développer un jeu de puzzle à partir du manga, ce qui donnera Lup Salad: Lupupu Cube sur PlayStation.

Le jeu sombre dans l’obscurité la plus totale malgré un succès d’estime. Se produit alors l’improbable, Dimple Entertainment (éditeur japonais de Kira Kira Pop Princess et Pop Town sur Nintendo DS, tirés des poupées japonaises Pinky Street) parvient à négocier un contrat pour rééditer le jeu. Mais Fupac et Datam Polystar ne se contentent pas de porter l’original. Ils vont carrément repenser, refonder et redessiner entièrement le jeu, en ajoutent des détails et modes supplémentaires à chaque portage (Lup Salad DS: Lupupu Cube sur DS donc, et Lup Salad Matatabi: Lupupu Cube sur PSP). Par conséquent on n’achète pas une bête ressucée comme on a pu en voir sur Game Boy Advance par exemple, il s’agit à chaque fois d’un jeu unique à partir de la même base, chacun avec son identité propre.

Lup Salad DS: Lupupu Cube est donc le jeu qui nous intéresse ici. Adapté d’une bande dessinée, il met en scène Salad (Sarada) qui habite une grande maison avec ses parents et son oncle. Petite blonde aux yeux verts de cinq ans, vêtue d’une roble bleue à manches ballon et tablier blanc, elle n’est pas sans rappeler Alice de Lewis Carroll telle que dessinée chez Disney. L’analogie, si elle est sans doute intentionnelle, s’arrête néanmoins là, car même si les deux petites filles s’ennuient, l’une tombe dans un monde dingue et finalement hostile, tandis que notre héroïne fait des caprices et des bêtises. Ses parents la grondent, et pour la distraire, son oncle lui raconte une histoire, qu’elle va rejouer dans sa tête.

 

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Le premier tutoriel du jeu, enfantin.

C’est ainsi que commence chacun des douze chapitres de Lup Salad DS: Lupupu Cube, chacun découpé en dix tableaux, où pour connaître la chute de l’épisode il faudra résoudre des casse-têtes à base de cubes (d’où le titre, et je suppose que « rupupu » est l’onomatopée d’un objet qu’on traîne par terre).
Chaque tableau est un arrangement en 2D de plates-formes, escaliers et cubes de couleur. Il faudra arranger les cubes par 3 ou plus pour les faire disparaître et ainsi passer au tableau suivant. Quand je vous disais que ce n’était pas un bête portage, sachez que le jeu original n’a que dix chapitres, les histoires de gâteaux et de téléphone sont toutes nouvelles, de même que le mode « randonnée ».

Salad peut se déplacer à gauche et à droite, sauter et s’accrocher aux rebords. Quant aux cubes, elle peut uniquement les pousser devant elle. Quand Salada ou un cube tombent dans un trou, ils tombent en ligne droite. Les cubes peuvent s’empiler, mais là arrive un premier piège: impossible de pousser la colonne, on pousse les cubes séparément. Si vous poussez donc le cube du dessous, celui d’au-dessus va tomber sur Salad et l’écraser. Comment faire alors? Sauter afin de pousser le cube empilé qui soit tombera par terre, soit sera poussé sur la ligne de cubes (cela se révèlera une mécanique à maîtriser pour certains puzzles à base d’allers-retours). La progression sera donc très méthodique, et les éliminations de cubes qui semblent évidentes et immédiates ne sont pas forcément celles à réaliser en priorité. En outre, les cubes disparaissent imméiatement lorsqu’ils se touchent, on ne peut donc pas réaliser une série par étapes, il faut s’assurer que l’effacement se fera du premier coup. Là commencent à entrer en jeu vos « muscles logiques »: comment organiser la chaîne de blocs pour réaliser des suppressions en chaîne, ou organiser des blocs épars en une suite propre qui permettra de résoudre le casse-tête?

 

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Les puzzles à base de va-et-vient sont fréquents.

Heureusement, Lup Salad DS: Lupupu Cube ne vous met aucune pression. Nous ne somme pas dans un jeu d’arcade, ici aucune limite de temps qui exige de penser vite, ce n’est pas Tetris, Puyo Puyo, Puzzle Bobble ou Columns. Au contraire ici on a tout le loisir de réfléchir, voire de dessiner des diagrammes sur une feuille de papier pour chercher les bons gestes pour progresser. Encore heureux car on ne réalise souvent ses erreurs que tard. Heureusement il n’y a comme pénalité que de devoir recommencer le tableau.

Lorsque Salad commet une erreur, elle a la possibilité d’annuler le dernier coup joué en appuyant sur Y. X ouvre le menu, gauche et droite la déplacent, et A et L la font sauter. Toutes les commandes sont dédoublées sur l’écran tactile, ce qui permet de jouer avec une main, l’autre tenant votre tasse de café. Ces contrôles tactiles, répondant au coup par coup, soulignent bien la nature détendue du jeu. On prend son temps pour résoudre. Si vraiment vous êtes perdus, ou fainéants, le jeu vous permet aussi, au début d’un tableau, au lieu de bouger Salad, de maintenir R enfonce (ou le texte vert -« hinto ») pour que le jeu joue à votre place et vous indique une possible solution (pas toujours la plus rapide, mais la plus sûre). Il est donc possible de compléter tous les chapitres « normaux » (« futsuu », première option du mode histoire) sans effort pour débloquer les récompenses, c’est un peu faible, mais ça épargne beaucoup de frustration et permet de mieux comprendre la logique du jeu, car souvent des détails nous échappent, alors qu’on s’en est servis précédemment. En outre, chaque chapitre de Lup Salad DS: Lupupu Cube ajoute son cachet, non seulement en termes visuels (douze chapitres, douze décors et douze costumes), mais surtout en termes de jeu: très vite vont arriver les blocs d’acier, indestructibles mais qui peuvent servir d’obstacle comme de marchepied, puis des blocs rivetés, immobiles, des blocs géants, fixés au sparadrap, flottants, magiques (qui servent de joker), des blocs-bombes, etc. Lup Salad DS: Lupupu Cube se fera d’ailleurs un malin plaisir d’en combiner pour vous compliquer la vie.
Francis Ponge disait « une rhétorique par objet », paraphrasons-le en « une rhétorique par arrangement de cubes ».

Si le fait de pouvoir terminer le mode normal en laissant l’ordinateur jouer vous semble nuire au jeu, sachez que ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. En effet, Lup Salad DS: Lupupu Cube propose deux histoires: normale et difficile. En difficile, les arrangements de cubes sont franchement sadiques et demanderont quasiment de penser par algorithmes pour organiser la chaîne, comme on va analytiquement de bon coup en bon coup aux échecs. Ici aucune astuce possible, débrouillez-vous. En outre, une fois le mode normal fini, on débloque le mode « randonnée », où l’on crée des puzzles en combinant des mots du jeu pour créer une phrase, qui déterminera le type de puzzle et le thème visuel. Et là aussi c’est diabolique, je me suis quasi-systématiquement retrouvé avec deux blocs orphelins ou avec un croisement impossible à résoudre, il vous faudra de la patience et beaucoup de logique pour maîriser les mécaniques et débloquer la deuxième fin (histoire difficile).

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Chaque chapitre se clôt par une illustration et sa chanson, avec le karaoké.

Visuellement, les graphismes de Lup Salad DS: Lupupu Cube ne paient pas de mine, mais c’est très efficace. Salad porte un costume rigolo, et chaque niveau a sa palette de sprites propre, en accord avec le thème, seuls les cubes sont identiques d’une histoire à l’autre. L’animation est simple et claire, les blocs tremblent comme de la gelée quand ils tombent, et Salad a aussi une animation rigolote propre à son chapitre si un bloc l’écrase.
Si les décors de fond sont statiques, cela n’empêche qu’ils sont pleins de détails et clins d’œil (notamment quelques illustrations insistent sur l’amour de Takemoto pour les chats). De plus à chaque stage, Salad a son costume et ses animations propres. Autre détail amusant, l’ombre portée des objets et de Salad sur la toile de fond, qui ajoute un côté « pièce de théâtre » charmant.
Le dernier chapitre se permet même de regrouper plusieurs Salad déguisées en opératrices de téléphone, chacune avec sa couleur de robe. L’animation des cutscenes est simple, mais c’est très coloré. Détail qui montre le sérieux des développeurs, Takemoto a tout redessiné (et travaillé sur les nouvaux chapitres) par rapport à la version PlayStation.  Les personnages sont plus lisses, mieux coloriés, et même les niveaux ont une résolution plus fine.

Au niveau sonore c’est une grosse surprise là aussi. Non seulement Lup Salad DS: Lupupu Cube est entièrement doublé, mais les doubleurs ont rempilé pour les deux nouveaux chapitres, on a donc plus de dialogues encore et de nouveaux samples, car Salad est bavarde! Elle crie « PYON~ » quand elle saute, parle quand elle pousse un bloc, geint quand elle se fait écraser, et pousse un cri de victoire à la fin du tableau. Chaque chapitre a ses répliques propres. Autre élément très impressionnant, chaque niveau a sa chanson en rapport avec le thème, dont les paroles défilent en karaoké sur l’écran tactile. Les thèmes varient, de la comptine pour enfant à la ballade en passant par le cha-cha, nous sommes donc régalés de douze chansons originales. Le seul reproche qu’on pourrait leur faire est que beaucoup de tableaux en normal sont très simples, et qu’on aura donc droit aux mêmes notes un bon moment, vu la vitesse à laquelle on progresse. Les mélodies sont entraînantes et accrocheuses, et restent bien en tête (à vous de voir si c’est un bien ou un mal, pour ma part ça ne me gêne pas). La galerie propose d’ailleurs un jukebox, curieusement dépourvu du karaoké (je ne m’explique pas pourquoi d’ailleurs), ainsi que la possibilité de revoir toutes les cutscenes, sous-titrées sur l’écran tactile.
Comme d’habitude le hardware son de la DS ne rend pas vraiment justice au jeu, à l’inverse d’une bonne paire d’écouteurs.

La grosse différence entre l’original et Lup Salad DS: Lupupu Cube est la dispariion du mode deux joueurs, mais il s’agissait d’un mode VS qui se prêtait relativement mal au concept de jeu, ce n’est donc pas une grande perte, et le nouveau contenu compense largement.

 

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Les tableaux en mode « rando » sont diaboliques.

Résumons-nous donc: un jeu de réflexion obscur sur PlayStation voit une résurrection miraculeuse sur DS, aumgneté d’un contenu nouveau et original, ce qui nous réale de Lup Salad DS: Lupupu Cube, un jeu combinant, humour, charme et intelligence, débordant de puzzles allant de l’enfantin au diabolique, avec une difficulté très progressive.

Avec des défis pour tous les niveaux, ses 240 tableaux en histoire (12 chapitres x 10 tableaux x 2 difficultés) et sa palanquée de puzzles à génération procédurale en mode « randonnée », il vous faudra plusieurs heures pour en voir le bout. Si en plus il combine plaisir des yeux et plaisir des oreilles, vous comprendrez que je recommande chaudement Lup Salad DS: Lupupu Cube, un jeu vraiment pour tous les âges et tous les esprits, malgré le fossé linguistique (difficile à traduire, de nombreux calembours disparaîtraient, et l’auteur étant vraiment inconnu ici, personne n’a envie de s’y risquer).

Seul bémol, il n’est disponible qu’en import, et franchement rare. Dimple Entertainment a disparu en 2010, il est donc peu probable de voir des rééditions (excepté de l’original en PSOne Classics sur la boutique japonaise du PSN, étant donné que Sony possède des droits dessus). Lup Salad DS: Lupupu Cube peut dépasser les $75 neuf sur Amazon (il peut coûter moins d’occasion cependant), et si ce prix est largement mérité, il le rend également quasi-inaccessible. Ceci dit si vous êtes avides de casse-têtes, vous en aurez largement pour votre argent.

 

 

 

Note {snippet 9-10}
Lup Salad DS: Lupupu Cube est un excellent jeu de puzzle, à la fois accessible et prenant. La durée de vie conséquente et à la difficulté très bien dosée. Si le jeu normal est à la portée de tous, les autres modes seront réservés aux esprits les plus retors, mais le plaisir reste là, celui de trouver le bon coup et de comprendre la logique du tableau. Avec ses sons et graphismes attachants et ses chansons entêtantes, on est face à un produit de très grande qualité qui fera honneur à votre collection sur DS.

 

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