Corbeyran est pour moi un auteur de BD de choix, le Chant des Stryges qu’il amena jusqu’Ă un finale grandiose tĂ©moignera Ă tout nouveau lecteur, de l’amour que peut porter cet homme Ă son art. Il est aussi complètement perchĂ©, proposant des titres comme Le RĂ©seau Bombyce sur fond de snuff movie, très bon, mais très glauque! Mort aux Cons, sera plus proche du dernier, sous couvert d’ĂŞtre amusant dans son dĂ©roulement, il montre une rĂ©alitĂ© sanglante, difficile et terrifiante.
Dans Mort aux Cons on suit monsieur tout le monde, un homme simple, artiste, sans emploi fixe qui va commencer sans le savoir une descente aux enfers. Pour « le bien commun » il deviendra tueur d’animaux de compagnie, se rendant compte du bien-ĂŞtre que cela peut procurer autour de lui, puis au dĂ©tour d’un cafĂ© il fera sa première victime humaine. Afin de se justifier, notre hĂ©ros Ă©tiquètera ses cibles de « con » tout en essayant de trouver « un point commun » entre ces cons.
Durant one-shot on retrouvera un rĂ©cit de plus de 130 pages, accompagnant notre anti-hĂ©ros sur sa rĂ©flexion. Et ça marche! Pour une raison simple, Ben croise exactement les archĂ©types de personnes que nous dĂ©testons tous, celui trop obtus, celui qui abuse de son pouvoir, le pervers, l’irrespectueux. Bref toutes les personnes que nous pourrions Ă voix basse traiter de « con ». RĂ©sultat, on a une vraie empathie pour Ben, et on continue de le suivre, mĂŞme si ses actions sont Ă l’opposer totale de vos convictions (enfin j’espère sinon merci de contacter la Police).
Le titre se paye le luxe de creuser la rĂ©flexion sans s’Ă©terniser ou tourner en rond sur le sujet. Bien au contraire notre personnage Ă©volue et nous aussi, nous donnant en fin de livre une vraie claque sur notre façon d’ĂŞtre. Après tout, nous sommes tous le con de quelqu’un.
On applaudira aussi la mise en scène de Alexis Saint-Georges qui rĂ©ussit Ă rendre le dessin « amusant » mĂŞme s’il traite d’un sujet absolument horrible.
Ă€ noter que Corbeyran n’adapte ici un livre de Carl Aderhold – petit auteur français du roman Ă©ponyme distribuĂ© Ă 50 000 exemplaires. De fait, mĂŞme si la BD Mort aux Cons rĂ©duit sans doute la quantitĂ©, le finale est claire et permet de tirer la mĂŞme conclusion que dans le livre, conclusion pas dĂ©mĂ©ritĂ©!