"Un air ludique, un souffle épique, un vent geek"

Jeux de collection contre KS post-campagne, ou « comment j’ai fait fortune avec une vieille boite de Monopoly« 

La tendance Ă  « tout collectionner » ? vous connaissez ? Cette peur de louper le bon jeu et de ne plus jamais pouvoir le racheter. Mais si, ce Kickstarter fantastique livrĂ© dans un demi-container assorti de plateaux « triple layers » et de 5kg de figurines que vous ne peindrez jamais… Et bien figurez-vous qu’il ne sera jamais rééditĂ©. Vous allez le louper, il va vous passer sous le nez. Cette petite figurine de chat en plastique qui signale le 1er joueur du tour ou celle de Spiderman dans une pose gĂŞnante, vous n’aurez qu’une seule occasion de la possĂ©der.

D’aucun dirait que le malheur des uns fait le bonheur des autres. Car ils sont lĂ , en embuscade, les maraudeurs du KS. Ceux qui font un all-in et qui le revendent dès livraison avec un bonus de 20% ou ceux (qui possèdent des moyens de stockages inaccessibles aux citadins) qui stockent et qui ressortent « l’introuvable » deux ou trois ans après le KS. Et lĂ  c’est l’hystĂ©rie, la foire d’empoigne, le pugilat. Les uns trouveront toujours les autres, c’est le fond de commerce d’Ebay et d’Okkazeo. Mais ne pleurez pas, cette « maladie » se soigne avec le temps ! Certains passerons mĂŞme du camp des acheteurs compulsifs Ă  celui de traders en jeux rares…

J’oserai mĂŞme dire que c’est une Ă©volution naturelle : cette pile de la honte qui prend trop de place chez vous, ce jeu auquel vous ne jouerez jamais… Autant le vendre, vous en sĂ©parer, mĂŞme Ă  vil prix – il a perdu la valeur que vous lui aviez donnĂ© au moment de l’achat. Un grand homme de ma connaissance me disait « le plaisir est dans l’attente du plaisir ». Et bien cette maxime s’illustre dans le petit cinĂ©ma que vous vous jouer dans la boutique, une grosse boite en main, imaginant Jean-Louis humiliĂ© par vos soins au tour 15 avec un char et un escadron de Space Marines. Malheureusement, pour passer du rĂŞve Ă  la rĂ©alitĂ©, il faut passer Ă  la caisse et, cĹ“ur du problème, cramer la seule ressource qui est limitĂ©e et prĂ©cieuse pour tous : du temps.

J’en connais qui nient l’existence chez eux d’une pile de la honte !! ils considèrent qu’un jeu non jouĂ© se doit d’ĂŞtre revendu immĂ©diatement. Sont-ils fous ou sages ! je vous laisse trancher.

Deluxe, connoisseur et bois de teck

Alors Ă©videmment, il ne s’agit pas d’attraper les mouches avec du vinaigre : le marketing des grands Ă©diteurs a bien compris certaines ficelles de la manière de penser des joueurs/collectionneurs. Des mots clĂ©s sont importants afin attirer l’attention de l’amateur, des mots tels que « connoisseur » (notez l’anglicisme), « Deluxe », « édition limitĂ©e », « tirage faible »… On les connait, on les reconnait ces termes. On en a mangĂ© lors du KS de Conan, de Batman, de 7th Continent, de Gloomhaven. C’est l’aspect exclusif, du « moment exceptionnel passĂ© entre amis » qui nous a fait sortir la carte bleue et pas toujours l’idĂ©e « incroyable et originale » au cĹ“ur du jeu. Aussi cette idĂ©e un peu snobinarde d’être dans le camp de ceux qui ont eu le jeu en premier ! J’en Ă©tais MĂ´ssieurs, je tenais la boite dans mes mains !

Je les connais aussi, les « pimpers », ceux qui Ă©clusent Etsy Ă  la recherche du playmat ultime ou des pièces en mĂ©tal que l’Ă©diteur n’a pas jugĂ© bon de publier. Ceux qui passent leurs week-ends Ă  sleever compulsivement (et en double layer) les cartes des jeux qu’ils ne sortiront qu’une fois et qui s’avèrera probablement « bof au mieux, nul au pire ». Notez bien que certains Ă©diteurs ont abusĂ©, je pense notamment aux fils de Babel qui ont mis sur le marchĂ© un « Terraforming Mars » dont les composants ne souffrent pas les Ă©ternuements ou les Parkinsoniens (les vrais sachent). Mais cela a permis Ă  certains dĂ©tenteurs d’imprimante 3D de financer leurs hobbys.

Personnellement, je ne suis pas amer, certains coups de CB ont été fructueux, je pense à « Scythe » notamment.

Mais au fond, deux conclusions s’imposent :

  • les vrais bons jeux ne sont identifiables qu’après 3 Ă  5 ans. Ils le sont s’ils survivent l’Ă©preuve du temps et particulièrement la sortie de nouveaux jeux Ă  grosse hype.
  • les vrais bons jeux ont toujours fait l’objet de rĂ©-Ă©dition (mĂŞme tardive, mĂŞme deluxe) ? RĂ©-Ă©ditions ratĂ©es (Libertalia, Caylus 1303…) qui vont rendre l’original encore plus recherchĂ© et cher ou rĂ©-Ă©ditions rĂ©ussies (Claustrophobia, Zoo Vadis…) qui vont plonger dans l’oubli la version originale – qui perdra toute valeur de revente.

Les extensions introuvables

Ce tropisme ne touche pas que les jeux, loin s’en faut. Il y a aussi cette petite extension au fond Ă  droite, Ă©ditĂ©e une seule fois, en 1997, en 4000 exemplaires pour le monde entier. C’Ă©tait il y a longtemps. A l’Ă©poque l’extension en question c’Ă©tait une boite en carton fin, voire une enveloppe, avec trois ou quatre autres bouts de carton assortis d’une feuille A4 qui dĂ©taille les règles avancĂ©es. Et ça, cette blague de jeu, quasiment un pied de nez des auteurs, devient l’objet d’une quĂŞte du Graal. A fureter sur Ebay, Okkazeo, mettre des alertes, draguer leboncoin pour finalement passer ses week-ends Ă  chiner les vides grenier (en septembre/octobre en particulier – c’est Ă  ce moment que les jeux de sociĂ©tĂ© sont dĂ©stockĂ©s).

Une fois obtenue, il n’est pas question de la dĂ©niaiser ! sacrilège ! Il s’agit de la mettre en suretĂ©, de la stocker dans un coffre, de la protĂ©ger de l’humiditĂ© et du soleil. Et bien sĂ»r, de se vanter de l’avoir auprès de tous ses amis collectionneurs : « oui, l’extension « Les Sorciers de Morcar » originale de Heroquest… oui, oui, je l’ai ».

Mefiez vous des rééditions !

Réédition rime avec trahison… Pas toujours mais quelquefois.

Je prends ici quelques exemples :

  • « Skymines », version wokisĂ©e de « Mombasa », semble avoir Ă©tĂ© colorĂ©e par un daltonien. Attention, le jeu est très bon, mais il faut y jouer avec des lunettes de soleil.
  • « Caylus », un classique des classiques, que l’on a tentĂ© de relancer par un « Caylus 1303 » honteux. Allez voir la quantitĂ© de « Caylus 1303 » dispo sur Okkazeo, voilĂ  la vraie mĂ©trique du succès d’un jeu. On a tentĂ© un coup de poker qui a totalement foirĂ©.

Jetez un coup d’œil au plateau de la big box de « Descendance » … y’a rien qui vous choque ? on ne pouvait pas garder le design d’origine ? Attention, ne me prenez pas pour ce que je ne suis pas : un conservateur, un rétrograde. Certaines rééditions ont véritablement relancé le jeu d’origine, je peux citer « Zoo Vadis » récemment sorti qui refait à fond le « Quo Vadis » d’origine (dont le design de base faisait penser à une déclaration d’impôts). Donc prenez la température avant de sauter dans le bain, soyez conscient de ce que vous achetez !

Et Warhammer, et Magic, ça compte ?

Pour qui n’a pas lu l’excellent livre « Dice Men » de Ian Livingstone et Steve Jackson il est difficile de comprendre la genèse d’une vache Ă  lait telle que Warhammer. Comment 3 copains Geeks (terme inconnu Ă  l’Ă©poque) passent de nobody Ă  chef d’entreprise de jeux de sociĂ©tĂ©. Oh ils ont dormi dans leur voiture (durant 3 mois d’hiver), mais ils Ă©taient plein de cette passion du joueur qui a trouvĂ© « le » truc. En plus de la diffusion exclusive de Donjons et Dragons, ils vont commencer Ă  vendre des figurines (en plomb Ă  l’Ă©poque). Et pour complĂ©ter les sets vendus, ils vont y adjoindre une petite règle, un genre de petit jeu bonus.

La base du jeu est l’escarmouche et tout se rĂ©sout avec des dĂ©s Ă  6 faces – pour que les joueurs puissent toujours trouver des dĂ©s Ă  portĂ©e, dans d’autres boites de jeux. Alors des bonnes intentions de dĂ©part Ă  la machine Ă  fric qu’est devenu Warhammer, OUI, il s’agit aussi d’un objet de collection. Les chineurs sont toujours en quĂŞtes de vieux Eldars, de Skavens ou de Space Marines (pour les joueurs de Warhammer 40K).

Quant Ă  Magic The Gathering, c’est le pire. Seul un ancien consommateur d’hĂ©roĂŻne ou d’Opium base serait Ă  mĂŞme de dĂ©crire l’excitation de trouver au dĂ©tour d’une brocante un « Mox » ou un « Time Walk » Ă  bord noir, voire un « double land » de la première Ă©dition vendu par une mère de famille ignorante de ce qu’elle possède.Nnotez bien que j’Ă©vite de parler d’une certaine carte illustrĂ©e d’une fleur noire.
Oui, Magic est à présent une machine à nostalgie, un gouffre à fric sans fond pour des joueurs repentis qui cherchent encore la carte à bord noir qui leur a tant manqué dans le passé.

Entre vieilleries, chinage et nostalgie

En vérité, toutes ces tendances sont très humaines.

Alors je vous propose de feuilleter une petite liste des introuvables, ces jeux qui sont sortis il y a longtemps (ou pas) et qui ont pris de la valeur, en tous cas beaucoup plus que votre livret A. Ces jeux que vous n’avez fait que croiser lorsque vous aviez 10 ans, et que votre copain Paul possĂ©dait (pas vous) et qu’il a sans doute perdu depuis. Et bien vous, après un BAC+5 et armĂ© de votre « Livret de dĂ©veloppement durable et solidaire » plein, vous allez le retrouver ! Vous allez enfin l’intĂ©grer Ă  votre collection Ă  l’Ă©gal de cette « Rolex pour les plus de 50 ans » ; cet objet vous permettra de fermer enfin la porte de votre enfance et d’atteindre la complĂ©tude de l’âme.

Oh ne me jetez pas la pierre, cette liste est partiale, partielle et biaisĂ©e. Elle est en fait la revue des pierres que j’ai laissĂ© couler dans la rivière alors que la boite a Ă©tĂ© en face de moi Ă  un moment ou Ă  un autre !! Comme n’importe quel crĂ©tin qui a chipotĂ© du groin au-dessus d’un bitcoin Ă  5 centimes d’Euro et qui regrette ses millions envolĂ©s dans le ciel avec une banderole « si j’avais su… » collĂ©e au cul.

Alors, plongeons dans cette liste :

1 – Donjons & dragons – 1ère Ă©dition VF – Manuel de base (boite rouge)

La putain de boite rouge. La source de tous les troubles. La boite qui plongé une génération entière dans la perdition. Les vrais avait installé un morceau de moquette dans le fond de la boite afin de mieux faire rouler les dés. Pour tout dire, la boite était « juste » un écrin pour 2 livrets et une poignée de dés (et un crayon gras pour faire ressortir les résultats des dés si je me souviens bien). Mais le mal était fait ! D&D avait un pied en France et dans la langue de Molière, combien d’élèves studieux se sont perdus dans cette passion ? Nous étions en 1983, TSR éditait la boite. Elle se trouve encore aujourd’hui pour 120€ et 180€ pièce, suivant l’état, sur Ebay. Bien sûr, les joueurs se tourneront vers toutes les rééditions qui se sont succédées, mais pour les collectionneurs cette boite est tout un symbole.

2 – HeroQuest (190€)

Le premier Dungeon Crawler, le seul le vrai, sorti en 1989, par MB et GamesWorkshop (encore eux), créé par Stephen Baker. Une version Ă©purĂ©e de « l’oubliette de D&D », on met de cĂ´tĂ© la partie rĂ©cit, on ne garde que la partie exploration souterraine. MĂŞme si les parties se rĂ©sumaient souvent Ă  entrer, tomber sur un gros bill, et Ă  fuir en courant avec ce que vous aurez pu looter… C’Ă©tait une immersion positivement haletante. Tout se rĂ©solvait avec des dĂ©s Ă  6 faces spĂ©ciaux. 4 personnages de bases, les classiques guerrier, nain, magicien et elfe – petites figurines que l’on pouvait peindre (dĂ©jĂ  Ă  l’Ă©poque). La boite contenait mĂŞme du mobilier pour habiller les pièces du labyrinthe. Les plus hystĂ©riques reproduisait le plateau en 3D. Pour 1989, c’Ă©tait une grosse boite de bonheur. Beaucoup l’on eut. C’est ce qui explique que l’on peut encore le trouver. Mais pour 200€.

Je ne serais pas complet dans mon Ă©vocation si je ne mentionnais pas les rééditions, au pluriel. La première est la plus grande arnaque dans l’univers du KS (oui, j’ai lâchĂ© mon billet dedans). Il s’agit d’un financement participatif lancĂ© en hommage au jeu de base – pour son anniversaire, par une Ă©quipe espagnole, mais sans songer Ă  acquĂ©rir les droits du jeu (quelle idĂ©e) auprès de l’Ă©diteur. Ces voleurs sont actuellement encore poursuivis, je veux bien sur parler de TseuQuesT (ne cherchez pas, ne vous connectez pas).

Mais cette petite aventure a surtout eu pour consĂ©quence de rĂ©veiller le dragon Hasbro, qui a repris l’idĂ©e et a lancĂ© son propre KS, reprenant le matĂ©riau de base et ses extensions. Gros succès. Grosses ventes. La gĂ©nĂ©ration doudou (nous) a sorti sa carte bleue comme on dĂ©gaine un pisto-laser. Mais les vieux de la vieille bichonnent encore leur boite de la première heure, avec amour.

3 – StartQuest / Space Crusade (250€)

Heroquest, mais dans Warhammer 40K. Ici, on est sur une vĂ©ritable re-thĂ©matisation par Steven Baker (le mĂŞme que celui d’Heroquest). Une fois de plus le jeu sort en 1990, au travers de MB (qui arrose plus large que Games Workshop tout seul). Dire qu’il se trouve facilement est un peu rapide, mais des boites sont lĂ . Certes pas toujours complètes, certaines fois les figurines sont peintes au rouleau (la passion et la confiance de l’enfance). Quelques extensions sont disponibles : « Eldar Attack » et « Mission Dreadnought« , mais bon, introuvables. Je ne pense pas « tirer Ă  cĂ´tĂ© » en disant que « Mission Dreadnought » a directement Ă©tĂ© inspirĂ© par l’ED-209 de Robocop. Le jeu a eu une deuxième vie au travers de « Advanced Space Crusade« . Et un portage en jeu vidĂ©o a aussi eu lieu. Encore une fois, une boite qui a marquĂ© son temps, mais qui est maintenant dans les introuvables.

4 – Space Hulk (250€)

1989, encore un pavĂ© lâchĂ© dans la mare, avec de jeu de Richard Halliwell, Ă©ditĂ© par… encore Games Workshop !! Le film Aliens (deuxième de la franchise) est sorti en 1986, on peut dire qu’il en fait rĂ©agir celui-lĂ . 3 ans plus tard sort « Space Hulk », première Ă©dition (entre 150 et 250€ sur Okkazeo et Ebay). Un Dungeon Crawler dans l’espace. Ce n’est pas la mĂŞme qu’Heroquest, qui nĂ©cessite un joueur « maitre du donjon » face Ă  un ou plusieurs joueurs/personnages. Space Hulk est plus un jeu d’affrontement asymĂ©trique Ă  1 contre 1. Chaque joueur sa faction, les Genestealers contre les Space Marines (le jeu se situe dans l’univers de Warhammer 40K). 3 extensions sont sorties Ă  la suite de la boite de base : Deathwing Expansion (1990), Genestealer Expansion (1990), Campaigns (1991). Mais bon, autant la boite de base est trouvable, autant les extensions sont aux abonnĂ©s absents.

LĂ  aussi, la communautĂ© internet est toujours vivace, et le jeu de base a vĂ©cu plusieurs rééditions jusqu’Ă  une v4 très honorable. Mais Games Workshop prĂ©fère traire sa vache Ă  lait que d’investir dans des tentatives de jeu d’un autre type que le moteur « warhammer » ; ce qui ne les empĂŞche pas de ressortir du placard un « Blood Bowl » ou un nouvel opus de « Warhammer Quest » de temps en temps, ce qui les sort de leur zone de confort (pour faire encore plus de brouzoufs).

5 – Small World Designer’s edition (2000€)

La boite de jeu la plus stupide du monde : imaginez, en 2015, la mise en vente d’un coffre de 15 kg, SANS POIGNEES ! (Ce dĂ©tail a bien fait marrer Messieurs Phal et Croc) contenant le rĂ©sultat d’une « carte blanche » donnĂ©e Ă  une bande de concepteurs de jeux de sociĂ©tĂ© cocaĂŻnomanes. On parle ici d’une gageure : pièces mĂ©tal, figurines plastiques, plateaux double faces. Une folie vous dis-je ! Je ne sais mĂŞme pas Ă  qui s’adressait ce produit : les collectionneurs, c’est sĂ»r, les joueurs passionnĂ©s, probablement. En tous cas, tout est parti sans laisser de traces.

A l’Ă©poque la boite se vendait Ă  400€. Je ne sais mĂŞme pas combien de copies ont Ă©tĂ© tirĂ©es. Elle se trouve maintenant Ă  2000€ sur Ebay, quelquefois moins. Consolez-vous avec la version retail, toujours aussi bonne. Pimpez si cela vous fait plaisir. Mais restons raisonnable : comme disent les anglophones : « ce bateau a quittĂ© le port il y a bien longtemps ».

6 – Full Metal Planet (200€)

Le jeu de la discorde. Le jeu qui ne sera jamais rééditĂ© : les auteurs sont brouillĂ©s. Pourtant, ce jeu de 1988 a eu son heure de gloire et a mĂŞme Ă©tĂ© dĂ©clinĂ© en jeu vidĂ©o sous Amiga, Atari, Apple et PC ! Ce n’Ă©tait pas vraiment un 4X, mais le cĹ“ur y Ă©tait : Extermination, oh oui ! mais la rĂ©colte du minerai (de vrais graviers inclus dans la boite, quelle D.A.(1) !) ne permettait que de faire des points, pas de faire Ă©voluer les forces en prĂ©sence. Très peu de hasard. Un jeu tendu et dĂ©licieux très chronomĂ©trĂ© (25 tours), avec un système de marĂ©es. Bref, une anomalie totale qui a durablement influencĂ© les auteurs par la suite.

Devinez quoi : il y a eu une extension, mais bon n’y pensez mĂŞme pas. DĂ©jĂ  rien que l’acquisition de la boite de base va dĂ©clencher un coup de fil de votre banquier (200€). Les ressources sur internet, encore nombreuses, tĂ©moignent d’une communautĂ© encore très vivante. OK, il s’agit probablement de retraitĂ©s qui n’ont que ça Ă  foutre, mais pour combien de temps ? La boite contenait son pesant de vaisseaux en plomb, Ă  peindre. Et il Ă©tait nĂ©cessaire de mettre un petit morceau de plastique de couleur afin d’identifier les pièces de sa faction.

A bien y penser, et même si cela me retourne le cœur, quel kickstarter pourrait se faire avec celui-là !!

7 – BattleStar Galactica (200/300€)

Toute une aventure ! quelle sĂ©rie ! je ne vous parle pas de la première version « pyjamas et maquettes en plastiques », je vous parle des 4 saisons avec Edward James Olmos. L’un des premiers jeux Ă  rĂ´le cachĂ©, sorti en 2008 : cylon ou pas cylon ? Les parties sont longues mais sont riches en rebondissement. On est dans du coopĂ©ratif avec « couteau dans le dos » – on sent bien que « Les chevaliers de la table ronde », sorti en 2005, de Bruno Cathala et Serge Laget, sont passĂ©s par lĂ . Les extensions font l’objet de spĂ©culations acharnĂ©es ! certaines boites partent pour des fortunes. Elles sont au nombre de trois : Exodus, Pegasus et Renouveau.

Mais L’I.P. (2) a Ă©tĂ© perdue. La sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e s’est terminĂ©e (officiellement) en 2009, mais comme la pression des joueurs est toujours lĂ , il a fallu rééditer sous un autre thème. « Unfathomable« , « l’insondable » en français, est sorti en 2021 remplace les cylons dans le monde de H.P. Lovecraft, les vaisseaux spatiaux sont remplacĂ©s par des bateaux et des monstres marins.

8 – les jeux Gallimard/Games Workshop (Talisman, le Sorcier de la montagne de feu, les Contes des mille et une nuit…)

LĂ , on touche Ă  des traumatismes profonds. En 1986, Gallimard sent un virage dans le monde du jeu de sociĂ©tĂ©. « Trivial Pursuit » est sorti, « Donjons & Dragons » est sorti, les « Livres Dont vous ĂŞtes le HĂ©ros » font un carton (le premier est sorti en 1984, directement traduit des Ĺ“uvres de Games Workshop, encore eux) et ce petit monde bruisse gentiment, il y a peut-ĂŞtre un coup Ă  jouer en France. Gallimard va donc Ă©diter une petite quantitĂ© de jeux de plateau de Games Workshop dans des boites reproduisant l’apparence d’un gros livre (en plastique). Citons « Talisman« , « le Sorcier de la montagne de feu« , « les Contes de mille et une nuit« , plus tard « l’Oeil Noir » (JdR). Je ne pense pas que ce fut un gros carton commercialement parlant, mais pour quelques gamins ce fut la première piqĂ»re d’une passion devenue dĂ©vorante.

Les boites se trouvent encore, entre 50€ et plus. C’est un pur objet de collection.

  • Pour ĂŞtre franc, Talisman a Ă©tĂ© rééditĂ© de nombreuses fois (plus ou moins bonnes). C’est un pur jeu de l’oie doublĂ© d’un gĂ©nĂ©rateur d’évĂ©nements alĂ©atoires… une très bonne introduction aux jeux de plateau pour les moins de 10 ans, on s’y croirait. Dans l’attente d’une… v5 ? un jour.
  • « Les Contes de mille et une nuit » sont très buggĂ©s (la communautĂ© a corrigĂ© et Ă©ditĂ© les livrets corrigĂ©s) et a Ă©tĂ© aussi Ă©tĂ© rééditĂ© (la réédition de 2015 se trouve difficilement et pour très cher, car Ă©dition limitĂ©e aussi).
  • Seul « Le Sorcier de la montagne de feu » n’a pas fait l’objet d’une réédition. Sans doute a-t-il fait un four Ă  sa sortie. Mais on peut le trouver sur Ebay pour 130€.

Dans les annĂ©es ’80, ces objets ludiques Ă©taient des anomalies dans un paysage du jeu de sociĂ©tĂ© qui se cherchait. On Ă©ditait n’importe quoi.

9 – Takenoko Géant

La mode des jeux de société géant est une autre forme de version « collector » d’un jeu qui ne dit pas son nom. Voilà une catégorie qui compte quelques superbes exemples : Takenoko géant, Rush Hour géant, Marrakech géant, Blokus géant, Abalone géant, Quarto! géant, Katamino géant… la liste n’en finit pas. Alors à moins d’être une ludothèque ou un centre de loisir, la motivation pour avoir ce type de jeu repose principalement sur le bel objet à afficher sur la table basse de son salon.

Imaginez les invités découvrant le Quarto géant, « mais qu’est-ce ? quelle originalité ! ». On frise le « m’as-tu vu ? ». Mais elles existent, sont même rééditées. Et les prix s’envolent d’occasion : Takenoko géant se trouve, pour un billet 180€. Le fait est qu’elle est belle cette boite en bois. Les figurines (prépeintes) sont superbes. Et la taille des pièces donne une lisibilité inégalée. Mais, une fois de plus : pour combien de parties ?

10 – Catan 3D Collector’s Edition 2005 (10th Anniversary) … et autres “versions anniversaire”

Là, on touche au superbe : la « version anniversaire » est au jeu de société ce que le « Blu-Ray Collector » est au cinéma ! On te refait le coup de l’anniversaire à intervalle régulier pour te refourguer quelques boites.

Le jeu en lui-même est le même, mais on a un peu poussé les potards de la D.A. ! Nouvelles illustrations, nouvelle extension incluse, une règle qui change… Le but est véritablement de créer un objet de collection, avec tirage limité, voire numéroté. La boite est plus grande (au grand dam des citadins), les finitions plus soignées. Non, je ne pense pas aux « Aventuriers du Rail » … mais puisque vous le mentionnez on n’a pas moins de 3 versions anniversaire (2 pour les 10 ans version U.S. et 15 ans version Europe). La boite Europe est encore trouvable et je dirais même qu’elle a un peu de mal à s’écouler. Cependant, la boite U.S. s’arrache littéralement : on ne la trouve qu’à 250€ sur les bons sites.

La version Catan 3D Collector’s Edition 2005 (10th Anniversary), plus ancienne, est une vraie dĂ©bauche : coffre de rangement en bois, l’île est intĂ©gralement en 3D. C’est un objet insortable mais qui, telles les versions gĂ©antes, s’affiche très bien dans son salon. Et quelquefois la sauce ne prend pas : la boite 20eme anniversaire de Carcassonne (2021) est encore trouvable Ă  20€, peut-ĂŞtre le tirage n’a pas sĂ©duit le collectionneur…

Faites la paix avec vos jeux

La pile de la honte est un problème dont je suis la première victime. Je me suis rangĂ© des KS comme on se range des voitures. J’ai fait la paix avec les versions collector. Je garde une collection bien fournie, mais je suis actuellement dans un processus d’épuration mĂ©thodique des jeux qui ne sortent pas. Cela me pousse Ă  me poser de saines questions sur ce que ce que je n’aime pas et sur ce que j’aime. Et cette dernière question m’amène Ă  de nouveaux achats, Ă©videmment…

Je confesse aussi avoir vécu le déchirement du désir d’achat d’un jeu au moment où sa réédition, illustrée par le grand Vincent Dutrait, allait sortir… que faire, attendre ou craquer ?
« Il faut jouer ce qu’on aime », voilà une maxime simple.

De nos jours, les règles d’un jeu sont disponibles en ligne et connaitre le jeu avant de l’expĂ©rimenter devrait faire partie de nos habitudes d’achat. Les vidĂ©os de dĂ©ballage et d’explications des règles sont nombreuses. Nous sommes Ă  l’aube de « l’achat rĂ©flĂ©chi » ! D’autant plus qu’avoir un prĂŞt bancaire pour acheter un appartement plus grand relève du parcours du combattant. Sans parler de rĂ©chauffement climatique…

Que vous soyez joueur, collectionneur ou pur spéculateur : Craquez donc, mais craquez en pleine conscience.

(1) Direction Artistique
(2) Intellectual Property


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