Las Vegas, Circus Circus, et les rats qui comptent les cartes
Il y a un truc qu’on ne dit pas assez sur Las Vegas : les meilleures tables de blackjack ne sont pas celles de Bellagio. Non. Les meilleures tables sont souvent les plus moches. Les plus usées. Celles où la moquette date des années 60 et où le croupier a l’air d’avoir fait la guerre quelque part entre l’Arizona et le Nebraska. Là où les jetons collent à forcer de subir la sueur des joueurs et où les néons clignotent comme dans un film de Scorsese passé en VHS.
Moi, c’est là que je me sens bien. Au Circus Circus. À la table à un dollar, celle où l’on vous offre un hotdog louche à chaque 21! Et je suis là avec ma boisson à 4h du matin à faire semblant de comprendre mes cartes comme un rat de casino, à rire de ma propre poisse, à m’inventer des histoires de mafieux de pacotille. Je suis amoureux du blackjack, mais surtout de son ambiance : filouterie, prises de risques et rigolade entre amis.
Alors forcément, quand j’ai découvert RatJack chez Studio H au PEL 2025, j’ai eu comme une révélation : « Des rats. Du blackjack. Du chaos. Des coups tordus. Je veux. »
Et je l’ai voulu très fort.
Un blackjack… mais version bestioles mafieuses
RatJack n’est pas un simple jeu de comptage jusqu’à 21. C’est un jeu de filous, où l’objectif est d’atteindre 25 pile. Pas une de plus, sinon paf, on saute, comme au casino. Et comme au casino, tout le monde scrute les cartes des autres pour deviner s’ils vont exploser ou s’ils bluffent depuis dix minutes en se grattant la moustache.
Ce qui change beaucoup par rapport au blackjack classique, c’est qu’à RatJack :
- On pioche une carte à chaque tour, obligé, elle s’ajoute à notre main composée d’une carte.
- On choisit parmis nos deux cartes laquelle on va jouer
- On la pose visible (et donc elle vaut ses points et active son effet)
- on la pose cachée (et là… mystère dans les regards – on verra plus tard ce qu’on en fera).
- Dernière possibilité pour les petits joueurs, on la défausse, mais ça permet de retourner une carte cachée déjà posé sur la table
Et c’est là que le jeu devient drôle : les cartes visibles ont toutes des effets. Ça échange, ça retourne, ça vole, ça protège, ça force l’autre à piocher, ça défend, ça divise… bref, c’est un carnaval de coups foireux. On se croirait dans un casino tenu par les frères Salami, sauf qu’on est quatre autour d’une table en train de hurler. Et les cartes cachées? Et bien elles peuvent pas le rester, par votre action où celle d’un ex-ami, changeant ainsi tout vos plans.
4 familles de cartes… à mixer comme un cocktail de bar clandestin
De base, RatJack propose 4 paquets de cartes de 12 cartes chacun. chaque paquet propose ses propres règles de jeux. À chaque partie, on en choisit 2, ce qui change complètement le tempo et les effets en jeu. Ça donne une rejouabilité assez étonnante pour une petite boîte.
Et Studio H n’était pas à court d’idées : j’ai eu un 5e paquet bonus (probablement early adopters / préco / KS-spirit), et dites-vous qu’il m’a fait hurler de rire tellement les effets étaient vicieux.
Déjà là, tu te dis : “Ok, ça sent bon.”
Mais il restait un dernier ingrédient…
Les jetons — le petit twist qui fait tout dégénérer
Au début de la partie, chaque joueur récupère des jetons bonus. Pas des jetons de Monopoly : de vrais jetons façon casino, lourds, agréables, un peu joueur pro sur les bords. Et ces jetons permettent de modifier les valeurs des cartes selon leurs effets :
- +10
- 0
- ÷2
- -3
- protection
- interdiction de la retourner
- etc.
Mais attention : il faut que certaines cartes t’autorisent à poser ces jetons sur la carte d’un autre (ou les tiennent), ce qui rajoute une couche de timing, de planification et de « tu ne me feras pas sauter aujourd’hui, ma petite gueule de rat ».
Ce système est brillant parce qu’il rajoute une seconde lecture du jeu :
- Celle de la valeur (atteindre 25 pile pour gagner une manche, trois manche pour gagner la partie))
- Celle de l’embrouille (empêcher les autres d’y arriver)
Et de partie en partie, c’est cette double mécanique qui rend RatJack vraiment jouissif.
Ambiance à table : 10/10 (et +5 en menaces mafieuses)
Alors oui, RatJack fonctionne à 2. C’est malin. C’est du duel. C’est du calcul. C’est propre.
Mais à 4 joueurs, c’est du caviar. Du caviar pour rats, ok, mais du caviar quand même.
Ça parle.
Ça négocie.
Ça ment.
Ça pactise.
Ça trahit à la manche suivante.
Ça menace en riant.
Et surtout : ça rit beaucoup.
Pour te dire, mon pote avec qui j’ai fait la dernière session a acheté le jeu dans la foulée, sans réfléchir, tellement l’ambiance l’a conquis. C’est typiquement le petit jeu pas cher que tu sors en apéro ou en fin de soirée et qui fait mouche instantanément.
Matériel, prix, distribution : le seul drame
La boîte est petite, le matériel est quali, le prix n’est pas indécent (au contraire). Studio H sait faire ce genre de produit.
Le seul problème… c’est que toutes les boutiques ne l’ont pas.
Y compris, et c’est une tragédie locale, la mienne à Poissy. Et ça, c’est un vrai crime contre la gourmandise ludique.
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