Billy the Kid, une autre vision de la légende du Far West
Avec Billy the Kid, l’histoire est toujours écrite par les vainqueurs, Alexandre Chenet et Loïc Sécheresse revisitent l’une des figures les plus célèbres de l’Ouest américain. Publiée chez Casterman le 26 août 2026, cette bande dessinée de 240 pages s’adresse aux adolescents et aux adultes. Mais attention, il ne s’agit pas d’un western classique. Les auteurs ne cherchent pas à glorifier le célèbre hors-la-loi. Au contraire, ils questionnent la manière dont sa légende s’est construite et le présentent comme un personnage plus suiveur que leader.
Billy est présenté comme un jeune homme sans véritable foyer. Il rejoint les hommes d’un riche propriétaire du comté de Lincoln. Peu à peu, il apprend à vivre en marge de la loi, tout en travaillant pour ceux qui détiennent le pouvoir. Lorsque ces derniers l’abandonnent, sa trajectoire bascule.
Ce roman graphique est cohérent avec certains travaux historiques américains récents, qui estiment que sa réputation de tueur sanguinaire a été largement survendue. Nous allons donc plonger dans cette illustration de Billy the Kid, probablement né Henry McCarty, lors d’un conflit nourri par une féroce rivalité commerciale au sein du comté de Lincoln.
Alexandre Chenet et Loïc Sécheresse, deux auteurs aux parcours très différents
Alexandre Chenet est diplômé de l’École Estienne. Graphiste et concepteur de livres, il a également beaucoup voyagé. Il a exploré la Patagonie, pratiqué l’alpinisme et navigué dans les mers du Sud. La bande dessinée est néanmoins restée l’un de ses fils conducteurs. Avec Renaud Garreta, il a notamment signé plusieurs albums consacrés au Vendée Globe, ainsi que Thomas Coville, la quête de l’ultime.
Loïc Sécheresse, de son côté, est diplômé des Beaux-Arts d’Orléans. Installé à Nantes, il travaille dans l’édition, la presse, la publicité ou encore le spectacle vivant. Il collabore notamment avec La Croix et Les Jours. Il est aussi l’auteur ou le dessinateur de plusieurs bandes dessinées, parmi lesquelles Heavy Metal, La Guerre, Carnets de manifs ou Satanisme & écoresponsabilité.
Pour préparer le livre, Loïc Sécheresse a passé trois semaines au Nouveau-Mexique. Il a observé les paysages, la végétation et l’immensité des espaces. Il a aussi échangé avec des habitants dont les familles avaient parfois connu des contemporains de Billy. Ce travail documentaire se ressent clairement dans l’album.
Place à la lecture !
L’idée centrale de Billy the Kid tient dans son sous-titre : l’histoire est toujours écrite par les vainqueurs.
Alexandre Chenet et Loïc Sécheresse s’intéressent donc moins au pistolero mythique qu’au jeune homme derrière la légende. Leur Billy est parfois naïf, souvent passif et régulièrement balloté par les événements. Il ne maîtrise pas vraiment sa destinée. Les auteurs cherchent ainsi à créer de l’empathie pour un personnage transformé en monstre par les récits postérieurs.
Ainsi, le livre parle plus de déterminisme social que de western. Qui décide qui est un criminel ? Pourquoi certains restent-ils enfermés dans cette image ? Et quel rôle jouent les puissants dans la fabrication des coupables ? Toute ressemblance avec notre époque… n’est sans doute pas fortuite.
La bande dessinée déconstruit également certains clichés du Far West. Ici, pas de héros viril avançant seul vers son destin. Les femmes ne sont pas réduites aux figures traditionnelles du saloon. Les auteurs évitent aussi volontairement les habituels fantasmes autour de la prostitution. En revanche, l’humour reste très présent. Certaines confrontations entre commerçants deviennent même franchement burlesques. Les intérêts économiques, l’armée et les hommes de main s’entremêlent alors dans des situations presque absurdes.
Visuellement, Loïc Sécheresse fait merveille. Son dessin est libre, léger et expressif. Les couleurs directes apportent beaucoup de personnalité aux paysages. D’ailleurs, il s’agit de son premier livre entièrement réalisé selon cette technique. Les grands espaces du Nouveau-Mexique prennent parfois le dessus sur les personnages eux-mêmes.
Mon avis sur Billy the Kid
Visuellement, Billy the Kid est une vraie réussite. J’aime beaucoup le style graphique de Loïc Sécheresse. Son dessin possède énormément de personnalité. Quant aux couleurs, elles donnent une vraie identité au livre. Les paysages sont magnifiques. Comme souvent chez Casterman, c’est aussi un très bel objet. Son grand format et sa couverture donnent immédiatement envie de l’exposer dans une bibliothèque.
En revanche, je suis un peu moins convaincu par l’histoire. Certains chapitres sont très contemplatifs. Il ne se passe parfois presque rien. Billy lui-même subit beaucoup les événements. Finalement, il n’a même pas toujours l’impression d’être le personnage principal de sa propre histoire. C’est évidemment assumé. Les auteurs veulent montrer un Billy différent et démonter la légende du pistolero tout-puissant. Leur approche est cohérente. Personnellement, j’aurais cependant apprécié davantage d’action ou une intrigue plus dense.
Heureusement, plusieurs séquences humoristiques apportent du rythme. J’ai notamment beaucoup aimé les affrontements parfois absurdes entre commerçants, propriétaires, hommes de main et militaires !