La Jaguar est sans doute l’une des consoles les plus mal aimées de l’histoire du jeu vidéo. Les créateurs de contenu qui prennent un malin plaisir à la tourner en dérision ne se comptent plus. Pourtant, cette machine souvent décriée propose de nombreux titres intéressants. Plus que pour toute autre console, le regard que l’on doit porter sur la Jaguar doit s’extraire de la nostalgie comme de l’anachronisme.
La conception de la console
Premier point essentiel : oui, la Jaguar est un fiasco commercial. Mais ce constat est avant tout la conséquence des atermoiements d’Atari. À la fin des années 1980, le constructeur travaille en parallèle sur deux projets matériels, dont la conception débute vers 1989-1990. Le premier, baptisé Panther (dont le magazine Génération 4 d’avril 1991 s’en fait l’écho), reposait sur un processeur Motorola 68000 et se voulait une Mega Drive plus puissante. Finalement, c’est le second projet qui fut retenu, bien plus ambitieux sur le papier, articulé autour de trois microprocesseurs : deux processeurs RISC et un 68000.
Cependant, le développement de la Jaguar prend du retard. Elle n’est lancée que dans quelques grandes villes américaines à la fin de l’année 1993, et Atari met beaucoup trop de temps à approvisionner les différents marchés. La console se retrouve ainsi rapidement en concurrence directe avec la PlayStation et la Saturn, qui l’éclipsent sans difficulté en termes de puissance brute et de possibilités techniques.
Le développement des jeux à minima
Une autre problématique majeure réside dans la complexité de son architecture matérielle, réputée difficile à exploiter. Cette particularité explique en grande partie sa réputation de ludothèque inégale (c’est un euphémisme) . Comme souvent, de nombreuses adaptations ont choisi la facilité en n’utilisant quasiment que le processeur 68000, notamment pour les conversions de jeux 16 bits tels que Bubsy ou Cannon Fodder. À cela s’ajoute un kit de développement resté à l’état quasi expérimental (ce fait nous a été confirmé par Mickael Pointier et Olivier Lhermite, deux anciens développeurs d’Adeline Software). Ceci a conduit à une exploitation médiocre des processeurs RISC, en particulier pour la 3D (Club Drive, Checkered Flag, etc.). Enfin, la supériorité technique de ses concurrentes a fait que même certaines exclusivités de qualité, comme Rayman, ont rapidement été portées sur d’autres supports.
Une manette massive
Avant la Xbox et sa manette imposante, il y eut la Jaguar. Celle-ci propose un contrôleur particulièrement volumineux, peu maniable, très large et offrant une prise en main médiocre pour quiconque n’a pas de grandes mains. Sa principale originalité réside dans le pavé numérique central, utilisé soit comme raccourci (changement d’armes, gestion de la vie, etc.), soit pour la saisie de codes de sauvegarde ou de cheat codes.
La Jag CD le véritable flop technique
Si la Jaguar n’est pas une mauvaise console en soi, il n’en va pas de même pour son extension, la JagCD. Ce module, qui se clipse sur le port cartouche de la console et nécessite une seconde alimentation, souffre de connexions parfois capricieuses : les disques ne sont pas toujours reconnus. Pire encore, afin de gagner de l’espace, les CD ne disposent pas d’un système d’indexation classique. Ils reposent sur un format proche de celui des CD audio, faisant de la JagCD l’un des systèmes les moins fiables de l’histoire du jeu vidéo.