Opération Moon Fire, une bande dessinée par Xavier Bétaucourt et Olivier Perret
Opération Moon Fire est une bande dessinée d’aventure parodique et politique. Elle joue avec les codes des pulps, des comics et des films de science-fiction des années 1950-1960. Le récit assume un second degré permanent. Toutefois, il s’ancre dans une époque très identifiable.
L’histoire débute en novembre 1963, au Texas. À ce moment-là, la conquête spatiale occupe tous les esprits. Deux étudiants assistent à l’atterrissage d’une soucoupe volante en pleine forêt. Peu après, ils sont témoins du meurtre d’un homme, visiblement désintégré. Les coupables semblent être des Martiens. Ou du moins, quelque chose qui y ressemble…
Dès lors, le doute s’installe. Hallucination collective ou véritable invasion extraterrestre ? Pour comprendre ce qui se joue, Charlene, Dave et Vince décident d’enquêter. Leur piste les mène à infiltrer un groupe de suprémacistes blancs. Le complot devient alors politique et idéologique.
Le livre détourne volontairement les théories complotistes. Il s’en amuse. Il les exagère. Mais en parallèle, il met en lumière leur mécanique. Fake news, paranoïa collective et manipulation de masse sont au cœur du propos. Un vrai sujet d’actualité non ?
Publié en janvier 2026, l’ouvrage s’adresse à un public adolescent et adulte. Le ton, parfois très ironique, suppose une certaine culture pop et historique. Néanmoins, la lecture reste accessible et rythmée.
Les « scientifiques » à l’origine de l’opération
Le scénario est signé Xavier Bétaucourt. Journaliste de formation, il s’est forgé une solide réputation dans la bande dessinée documentaire et sociale. Depuis plusieurs années, il explore les récits ancrés dans le réel. Cependant, il aime aussi en détourner les codes. Avec Opération Moon Fire, il s’autorise une uchronie débridée. Il conserve néanmoins un regard critique hérité de son parcours journalistique.
Le dessin est assuré par Olivier Perret. Illustrateur reconnu, il est également cofondateur de la revue Cheval de Quatre. Son style graphique est très marqué. Il évoque les comics américains classiques. En même temps, il reste profondément contemporain. Les compositions sont dynamiques. Les personnages sont expressifs. L’action est toujours lisible.
Les deux auteurs ont déjà collaboré ensemble par le passé. On peut notamment citer Quelques jours à vivre ou Ils ont tué Léo Frank.
La mise en couleur est réalisée par Paul Bona. Son travail joue un rôle central dans l’identité de l’album. Les couleurs sont vives. Parfois presque agressives. Mais toujours maîtrisées. Elles rappellent les impressions bon marché des pulps, tout en les modernisant. L’album est publié par Steinkis, maison d’édition française connue pour ses bandes dessinées documentaires et engagées.
Place à la lecture !
Dès les premières pages, Opération Moon Fire impose son rythme. L’histoire avance vite. Très vite. Chaque scène apporte une nouvelle idée. Un nouveau rebondissement. On n’a pas le temps de s’ennuyer !
L’un des grands plaisirs de cette lecture réside dans le mélange des tons. Le livre est drôle. Souvent absurde. Pourtant, il traite de sujets sérieux. Racisme, manipulation médiatique et peur de l’autre sont omniprésents. Cependant, le rire sert de paravent. Il permet de prendre du recul.
Visuellement, la lecture est très fluide. Les scènes d’action sont nombreuses. Elles restent toujours compréhensibles. Grâce à la mise en couleur, chaque lieu possède une identité forte. Ainsi, le lecteur ne se perd jamais.
L’album joue aussi avec l’Histoire. Il détourne des figures et des événements bien connus. Cela crée un effet de surprise constant. En outre, ce décalage renforce l’aspect satirique du récit.
Enfin, l’expérience est immersive. On enchaîne les pages rapidement. On a envie de savoir jusqu’où ira le délire. Et surtout, jusqu’où les auteurs oseront aller !
Mon avis
J’ai beaucoup aimé Opération Moon Fire. D’abord pour ses dessins et ses couleurs. Le travail graphique est remarquable. C’est énergique. Ça bouge. Chaque plan semble en mouvement. On sent une vraie maîtrise du rythme visuel.
Ensuite, l’histoire est drôle. Certaines scènes m’ont fait rire franchement. Notamment la mort d’un protagoniste mondialement connu. Ce moment est à la fois absurde et jubilatoire. Il résume parfaitement l’esprit du livre.
Le récit est aussi haletant. On ne s’ennuie jamais. Cependant, tout n’est pas parfait. Par moments, j’ai trouvé que l’on passait un peu vite d’un sujet à l’autre. Certaines idées auraient mérité plus de développement. Néanmoins, cela fait aussi partie du format. Et surtout du genre parodique assumé.
Ce livre s’adresse clairement aux lecteurs qui aiment les œuvres qui osent. Il plaira aux amateurs de science-fiction rétro. Mais aussi à ceux qui apprécient la satire politique. En revanche, les lecteurs en quête d’un récit très posé pourraient rester sur leur faim.