Hier, j’ai pu découvrir Potion ou Poison, le dernier jeu de Gigamic qui commence déjà à faire parler de lui. Et il faut reconnaître une chose : le pitch est immédiatement efficace. Votre sorcière est en plein rangement de ses potions. Problème : elle ne sait plus vraiment lesquelles sont inoffensives, lesquelles provoquent quelques effets secondaires peu ragoûtants, et lesquelles sont carrément mortelles. Heureusement, elle a des gobelins sous la main. Et comme les gobelins sont connus pour leur intelligence discutable, ils vont gentiment accepter de servir de cobayes.
L’objectif est simple : être le dernier gobelin encore en vie.
Une mécanique simple, presque immédiate
Au centre de la table, on place quatre potions face cachée. Parmi elles, trois sont “inoffensives” — enfin, tout est relatif, puisqu’elles peuvent tout de même faire apparaître quelques furoncles ou autres joyeusetés sur vos pauvres gobelins — et une est mortelle. Les potions sont mélangées, chaque joueur sait qu’il y a un danger quelque part, mais personne ne sait exactement où. À partir de là, le jeu repose sur une mécanique très accessible : à son tour, on pioche une carte Action et on applique ce qui est indiqué.
C’est perbubant de simplicité!
Et c’est probablement l’une des grandes forces du jeu : n’importe qui peut comprendre la règle en moins d’une minute. À partir de 8 ans, jusqu’à 10 joueurs, Potion ou Poison se place clairement dans cette catégorie de jeux d’ambiance rapides, faciles à sortir, et qui ne demandent aucune longue explication avant de commencer.
Des cartes qui font boire… ou faire boire les autres
Les cartes Action vont évidemment vous pousser à tester des potions. Parfois vous boirez vous-même. Parfois vous désignerez un autre joueur. Parfois encore, toute la table aura son mot à dire. Certaines cartes ciblent aussi les gobelins selon leurs caractéristiques : un bonnet, des bandages, un détail physique ou vestimentaire. Cela donne un petit côté arbitraire et idiot parfaitement assumé, dans lequel tout le monde finit par surveiller les autres gobelins avec une mauvaise foi réjouissante.
Mais les cartes les plus amusantes sont sans doute les sortilèges. Elles restent en jeu jusqu’à ce qu’un joueur commette l’action interdite ou attendue : prendre une carte de la main droite ou de la main gauche, dire oui ou non, ou manquer de respect à un autre gobelin, etc. Et là, le jeu prend une petite dimension de pression permanente. Tout le monde guette la faute. Tout le monde attend le moment où quelqu’un oubliera la contrainte en cours. Et dès que cela arrive, la sentence tombe : il faut boire.
Un jeu très bête, et c’est assumé
Soyons clairs : Potion ou Poison est un jeu idiot. Très idiot même. Et c’est exactement ce qu’il cherche à être. On est dans cette catégorie de jeux qui pourraient presque fonctionner avec des shots (d’Oasis bien sûr), sauf qu’ici, les potions sont des cartes, les victimes sont des gobelins, et la mort est suffisamment cartoonesque pour rester familiale. On boit ses potions, on espère survivre, on pousse les autres à boire, et on finit forcément par tomber sur la mauvaise carte. C’est léger, rapide, méchant juste ce qu’il faut, et suffisamment absurde pour déclencher des rires autour de la table.
Même mort, on continue à jouer
L’une des bonnes idées du jeu, c’est que l’élimination n’est pas vraiment une élimination. Quand votre gobelin meurt, il devient un fantôme. Mais vous ne quittez pas la partie pour autant. En tant que fantôme, vous continuez à jouer des cartes Action. Et si vous parvenez à tuer un autre gobelin grâce à l’une de vos actions, vous pouvez ressusciter.
Évidemment, le retour à la vie est fragile : vous ne revenez qu’avec deux potions, dont une mortelle et une inoffensive. Autant dire que vos chances de survie sont très limitées. Mais cela suffit à maintenir tout le monde dans la partie et à éviter l’écueil classique du joueur éliminé qui regarde les autres s’amuser. Au début, on peut même se demander si la partie va réellement finir, puisque les gobelins meurent, reviennent, se retuent, ressuscitent… Mais en pratique, le jeu trouve son rythme. Tôt ou tard, une carte vous poussera à vous auto-condamner, et le problème sera réglé.
Un format Gigamic efficace
Côté édition, on est sur du Gigamic dans ce qu’il sait faire de plus propre : une boîte « bizeau » au format contenu, du matériel clair, des cartes correctes, une présentation efficace. Rien ne déborde, rien ne semble fragile, et le jeu donne envie d’être posé rapidement sur la table. Potion ou Poison n’a pas besoin d’une énorme mise en scène pour fonctionner. Son format compact sert très bien son propos : on l’ouvre, on explique, on joue.
Alors, verdict ?
Potion ou Poison n’est pas le jeu le plus extraordinaire du monde. Certaines cartes Sortilège pourraient probablement être encore plus drôles, certaines cartes Action encore plus piquantes, et on sent qu’il y aurait peut-être matière à pousser le chaos un peu plus loin. Mais le plus important est là : on s’amuse. Rapidement. Facilement. Sans prise de tête. C’est un jeu d’ambiance très accessible, bête juste comme il faut, capable de réunir beaucoup de joueurs autour d’une table sans les perdre dans une règle interminable. Et dans ce registre-là, Potion ou Poison coche les bonnes cases. Ce n’est peut-être pas une révolution ludique, mais c’est typiquement le genre de petite boîte qu’on garde à portée de main pour lancer une soirée, remplir un entre-deux, ou faire rire une table qui n’a pas envie de réfléchir pendant vingt minutes avant de jouer.