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Jeu de Cartes

Piment qui ment – Le jeu où il faut mentir… ou faire croire que les autres mentent

Après Au Pif, autre jeu d’ambiance signé Helvetiq testé récemment : Piment qui ment. Rien que le titre annonce la couleur : ici, il va falloir trouver qui ment autour de la table. Un principe simple, immédiat, qui peut réunir pas mal de monde, puisque le jeu se joue très bien en grand groupe, jusqu’à 20 joueurs, voire davantage si l’on adapte un peu la tablée. Dans Piment qui ment, tout commence par une distribution de cartes dites “honnêteté”. Chaque joueur reçoit une carte secrète. Parmi elles, une seule désigne le menteur. Tous les autres joueurs devront répondre honnêtement à la question posée. Le menteur, lui, devra inventer une réponse crédible, tout en essayant de ne pas se faire repérer.

Une question, des chiffres, et un menteur à démasquer

À chaque manche, une question est révélée. Les réponses se donnent sous forme de chiffre ou de pourcentage : combien de mètres seriez-vous capable de sauter ? Combien d’argent faudrait-il vous donner pour faire telle ou telle chose ? Quel pourcentage de ceci ou de cela ? Bref, des questions autour de la vie quotidienne, de nos limites, de nos habitudes ou de notre rapport au ridicule. Chaque joueur donne donc sa réponse, qui est ensuite positionnée sur une très jolie pancarte aimantée. C’est d’ailleurs l’un des petits plaisirs matériels du jeu : la présentation est claire, pratique, lisible, et ce support aimanté donne un vrai côté “jeu télé improvisé” autour de la table. Une fois les réponses visibles, vient le vrai cœur du jeu : la discussion. Les joueurs peuvent se questionner, se titiller, insister, demander des explications, chercher les incohérences. Et c’est là que Piment qui ment peut commencer à fonctionner… à condition que les joueurs jouent vraiment le jeu.

Le menteur veut se cacher… mais pas trop

Le menteur n’a pas seulement pour objectif de passer inaperçu. Il peut aussi marquer davantage de points s’il parvient à donner la réponse la plus haute. C’est là que le dilemme devient intéressant : faut-il rester dans la moyenne pour se fondre dans le groupe, ou tenter une réponse plus spectaculaire pour maximiser ses points ? À trois joueurs, par exemple, viser la réponse la plus haute devient presque nécessaire, car le nombre de points à gagner reste limité. En revanche, à huit joueurs, l’intérêt du bonus devient beaucoup plus relatif : si le menteur manie bien sa barque, il peut déjà marquer beaucoup de points simplement en n’étant pas démasqué. À la fin de la discussion, tout le monde pointe du doigt, en même temps, la personne soupçonnée d’être le menteur. Chaque joueur qui trouve le menteur gagne 2 points. Le menteur, lui, gagne autant de points que de joueurs qui ne l’ont pas repéré, avec un bonus d’un point s’il avait donné la réponse la plus haute.

Et comme 8 points suffisent pour remporter la partie, une manche bien menée peut faire très mal.

Le droit de contester le mensonge

Petite subtilité amusante : une fois le menteur révélé, les autres joueurs peuvent contester son mensonge. En gros, si vous connaissez bien votre ami et que vous estimez que sa réponse n’était finalement pas si mensongère que ça, vous pouvez le dénoncer. Si le groupe n’est pas convaincu par son bobard, le menteur peut perdre les points qu’il venait de gagner. C’est une règle intéressante, parce qu’elle pousse le menteur à vraiment mentir, et pas seulement à donner une réponse légèrement arrangée. Il faut oser raconter n’importe quoi, mais de manière crédible. Et ça, tout le monde n’en est pas capable.

Un jeu qui dépend énormément de la mauvaise foi des joueurs

C’est probablement le point le plus important : Piment qui ment est un jeu d’ambiance qui ne fonctionne vraiment que si les joueurs autour de la table sont capables de raconter des conneries, ou mieux encore, de faire croire que les autres racontent des conneries. Parce que le plus drôle, finalement, n’est pas toujours d’être le menteur. C’est parfois d’accuser quelqu’un avec une telle insistance, une telle mauvaise foi et une telle conviction, que la personne finit presque par douter d’elle-même. Lors de ma partie, j’ai réussi à mettre un ami dans l’embarras à un point tel que lui-même a fini par se demander s’il n’était pas le menteur – et donc vérifier sa carte. Et rien que pour ce moment-là, j’en rigole encore. C’est là que le jeu révèle son potentiel : non pas dans la question elle-même, mais dans la capacité du groupe à créer du doute, à mettre la pression, à improviser des accusations absurdes, à défendre des réponses indéfendables ou à enfoncer quelqu’un avec un aplomb total.

Des questions pas si pimentées que ça

Le petit regret, en revanche, vient des questions. Pour un jeu qui s’appelle Piment qui ment, on pouvait s’attendre à quelque chose d’un peu plus relevé. Alors oui, il y a quelques questions légèrement gênantes, comme celle demandant combien d’argent il faudrait pour courir nu sur un stade de foot. Mais globalement, on reste sur un niveau de piment assez sage. Attention, je réserve tout de même mon jugement : je n’ai pas parcouru toutes les cartes. Mais sur ce que j’ai vu, les questions ne sont pas excessivement drôles, ni franchement croustillantes. Pour un jeu conseillé à partir de 14 ans, j’aurais aimé un peu plus d’audace. Pas forcément quelque chose de sale ou de vulgaire, mais quelque chose de plus piquant, plus embarrassant, plus propice à déclencher des fous rires immédiats.

En l’état, on se dit presque que Piment qui ment mérite déjà une extension plus relevée. Une extension qui assumerait davantage son titre, sans tomber dans le graveleux, mais en allant chercher des situations plus absurdes, plus gênantes, plus personnelles, plus “allez, assume maintenant”.

Un bon jeu, mais pas pour tous les groupes

Piment qui ment est donc un jeu d’ambiance très dépendant de son public. Avec des joueurs trop sages, trop honnêtes, ou peu à l’aise avec l’improvisation, il risque de paraître un peu fade. Les mécaniques sont simples, le matériel est malin, mais les questions seules ne suffisent pas toujours à porter l’ambiance. En revanche, avec un groupe capable de mauvaise foi, d’accusations théâtrales et de mensonges improvisés, le jeu peut devenir franchement drôle. Il faut aimer parler, provoquer, soupçonner, insister, défendre l’indéfendable et regarder ses amis se débattre dans leurs propres explications.

Alors, on ment ou pas ?

Piment qui ment n’est pas vraiment un jeu de quiz, ni seulement un jeu de bluff. C’est surtout un jeu social, où le plaisir vient de la table. Il ne faut pas y chercher des questions incroyablement pimentées ou des mécaniques complexes. Il faut y chercher le plaisir de mettre les autres dans l’embarras, de raconter n’importe quoi avec sérieux, ou de faire croire avec aplomb que votre voisin est en train de mentir comme un arracheur de dents.

Avis sur
Piment qui ment

👍Amusant👍

À conseiller donc si vous êtes du genre à raconter des conneries autour de la table… ou à faire croire que vos amis racontent des conneries. Et, honnêtement, c’est peut-être encore plus drôle.

Mis à disposition par l’éditeur : Oui

Disponibilité

Age conseillé

Nombre de joueurs

Thèmes

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Pas d'anecdote

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Manoloben

Enfant des années 80, joueur jusqu'au bout des doigts. Si vous retrouvez du Julien Clerc dans ce texte? Bravo! Amateur de RPG (tout type) et clairement fan de Sega. Manoloben reste un touche à tout. GP32, NeoGeo Pocket, N-Gage et aujourdhui Evercade sont passées dans ses mains.