Parfois, certains jeux séduisent immédiatement par leur univers. Cosmo, petit jeu édité par Helvetiq et récemment reçu à la rédaction, fait clairement partie de cette catégorie. Avec ses petites peluches de l’espace et sa direction artistique particulièrement mignonne, il donne tout de suite envie de le faire découvrir à un jeune public. Pensé pour 2 à 5 joueurs, à partir de 8 ans, pour des parties d’environ 15 minutes, Cosmo promet une aventure légère et accessible. Pourtant, une fois la boîte ouverte et les premières manches jouées, un constat s’impose rapidement : si le jeu est sympathique, sa thématique semble avoir été greffée sur des mécaniques qui racontent tout autre chose.
Un objectif spatial… en apparence
Sur le papier, Cosmo vous propose de constituer la meilleure équipe possible pour partir dans l’espace, direction Mars. L’idée est séduisante, surtout portée par cet habillage visuel charmant qui évoque davantage une expédition tendre et familiale qu’un affrontement compétitif. Mais en réalité, le cœur du jeu est tout autre. Ici, il ne s’agit pas vraiment de bâtir un équipage crédible ou de préparer une mission spatiale : il faut surtout réaliser la meilleure combinaison de cartes possible, façon poker, afin de remporter des spatio-crédits.
Et c’est là que le bât blesse.
Car si l’on nous parle de départ pour Mars, la victoire ne revient pas forcément à celui qui “part le mieux dans l’espace”, mais bien à celui qui gère le mieux ses paris. Un joueur peut donc réussir plusieurs “départs” et voir un adversaire l’emporter simplement parce qu’il a mieux misé. En d’autres termes, le thème spatial sert surtout d’enrobage à un jeu de combinaisons et de paris, sans réel lien entre ce que l’on fait et ce que le jeu prétend raconter.
Un poker pour enfants, accessible et malin
Cela étant dit, Cosmo reste un jeu agréable à jouer. Si l’on accepte de mettre de côté sa cohérence thématique, on découvre un petit jeu de poker simplifié pour enfants, plutôt malin dans sa proposition. Ici, pas de Texas Hold’em complexe : chaque joueur construit une main de cinq cartes, avec une particularité intéressante. La première et la dernière carte restent cachées, tandis que les trois cartes du milieu sont visibles. On sait donc en partie ce que les autres tentent de construire, ce qui ajoute un peu de lecture de jeu et de tension lors des paris.
Autre originalité : les cartes sont réparties en six tas de six cartes, dans lesquels il faut venir piocher. Les valeurs vont seulement de 1 à 5, mais cela suffit pour recréer plusieurs combinaisons bien connues : suite, brelan, full, carré, et même quinte. Le système reste donc lisible pour des enfants, tout en offrant assez de matière pour faire des choix. Le joueur doit ainsi décider dans quel tas piocher pour maximiser ses chances d’obtenir la carte utile, tout en observant les cartes visibles chez ses adversaires. Puis vient le moment du pari : faut-il miser sur soi-même, sur un autre, ou jouer la prudence ? Ce mélange de prise de risque, de lecture partielle et de combinaisons fonctionne plutôt bien dans un format court.
Une proposition mignonne, mais un peu contradictoire
C’est sans doute ce qui rend Cosmo un peu étrange à recommander. Car d’un côté, le jeu est joli, mignon, rapide et accessible. Il peut clairement trouver sa place dans une ludothèque familiale en tant que petit jeu d’initiation aux combinaisons. Mais de l’autre, on peut rester perplexe devant ce qu’il cherche vraiment à être. Le thème spatial est charmant, mais totalement déconnecté de l’expérience de jeu. Quant à l’usage de mécaniques proches du poker et de notions de pari dans un jeu destiné aux enfants, cela peut aussi interroger. Non pas que cela rende le jeu problématique en soi, mais le décalage est suffisamment visible pour qu’on ne puisse pas l’ignorer.
D’autant que visuellement, Cosmo avait tout pour assumer un univers plus cohérent et plus narratif. On aurait aimé que le jeu pousse davantage son idée de départ, ou à défaut qu’il évite certains marqueurs trop directement associés au poker, pour proposer une expérience plus harmonieuse avec son habillage.
Notre avis sur Cosmo
Cosmo est donc un petit jeu sympathique, facile à sortir, rapide à expliquer, et porté par une direction artistique très réussie. Il fonctionne bien comme jeu de combinaisons accessible, avec une petite dose de prise de risque et de lecture du jeu adverse. En revanche, difficile de ne pas tiquer devant l’écart entre ce que le jeu raconte et ce qu’il fait réellement vivre autour de la table. On s’amuse, oui, mais sans jamais vraiment avoir l’impression de vivre cette fameuse aventure spatiale promise par la boîte.