Alice’s Adventures in Wonderland est un classique de la littérature écrit par Lewis Carroll et publié en 1865. Il a connu de nombreuses adaptations, dont la plus célèbre reste sans doute celle de Disney.
En 1871, Lewis Carroll publie une suite : Through the Looking-Glass. Plus aboutie, plus étrange, cette seconde aventure plonge Alice dans un monde inversé peuplé de nouveaux personnages.
Le roman Alice, de Christina Henry, publié chez 404 Editions, s’inspire justement de ces deux œuvres… mais en en proposant une version bien plus sombre.
Ici, on retrouve certains éléments connus comme La chenille ou le Jabberwocky, mais dans un univers radicalement transformé. Plus noir, plus violent, parfois même dérangeant : on est clairement sur une réécriture glauque et macabre, à ne pas mettre entre toutes les mains.
Dans la collection « A travers le miroir » chez 404 édition, c’est le deuxième roman de Christina henry, et la quatrième réécriture.
Un bel objet… vraiment
Avant même de parler du contenu, difficile de ne pas évoquer l’objet en lui-même. Il est vraiment dans la ligné des tome précédent de cette édition.
La couverture est superbe : certains détails apparaissent sur le noir lorsque vous regarde à la lumière, créant un effet assez hypnotique. Le design de la couverture représente bien l’univers, on reconais le chapelier et Alice. Le jaspage est lui aussi très réussi et renforce l’immersion. Tout donne envie de plonger dans cette réécriture d’Alice. Et c’est peut-être là que commence le décalage…
Une lecture… étrange
J’ai vu énormément de critiques positives sur ce livre, et je comprends pourquoi. La lecture est fluide, le style efficace, et si vous aimez le gore, l’horreur ou la dark fantasy, il y a clairement de quoi apprécier. Mais il y a une condition… Il faut accepter de lâcher prise sur les détails… et ce n’est pas mon cas. Je n’ai que moyennement apprécié cette lecture. Et ce n’est pas tant à cause de l’univers que de la façon dont il est exploité.
Alice… mais pas vraiment
Premier point important : ce n’est pas une réécriture d’Alice au pays des merveilles, mais plutôt d’À travers le miroir. Cela change beaucoup de choses : les personnages, les enjeux, et même l’ambiance générale. Déja si vous avez lu la seconde partie de l’œuvre de Lewis Carroll, vous remarquerez beaucoup plus de détail. On retrouve ici une opposition très marquée entre deux mondes : la “bonne” ville (Villeneuve), d’où vient Alice, et une vieille ville sombre et corrompue. Comme dans l’œuvre originale, on est face à un univers inversé… mais poussé à l’extrême. D’un coté on a la richesse, la sécurité, et la prospérité… Et de l’autre pauvreté violence, insécurité, délabrement…nul ne sait de quoi sera fait l’avenir.
Le problème, c’est que certains repères disparaissent. Pas de Chapelier, ou du moins pas sous la forme attendue. Ash, personnage central, n’est jamais clairement identifié comme tel aucun de ses signe distinctif ne correspond au chapelier. Pour ma part, je l’ai davantage perçu comme une variation du Roi Blanc : solitaire, instable, séparé de sa femme. Même chose pour d’autres figures : certaines sont absentes, d’autres méconnaissables. la réécriture est vraiment faite en profondeur
Des incohérences qui cassent l’immersion
C’est sans doute le point qui m’a le plus sorti de ma lecture. La description des personnages manque de constance. Par exemple, la cicatrice d’Alice est d’abord décrite comme partant du bas du front… Puis plus tard depuis la pommette (comme sur la couverture). Ce genre de détail peut sembler anodin, mais à force, cela casse l’immersion.
Même constat sur la taille ou la nature des personnages : certains sont présentés comme gigantesques, presque monstrueux, avant de redevenir beaucoup plus “humains” par la suite. Et ceux sans réelle explication, ou inversement. On a parfois l’impression que le livre n’assume pas totalement son aspect fantasy : Entre ogres, humains et créatures hybrides, les règles du monde ne sont pas toujours claires surtout au début, un peu comme si l’ecriture avait été modifiée en cours de route mais sans toucher aux aspects précédents. Résultat : au lieu de renforcer l’étrangeté de l’univers, ces variations rendent certaines scènes confuses, voire frustrantes.
Une ambiance forte… mais au détriment du reste ?
Le roman mise énormément sur son ambiance : violence, folie, noirceur… Et sur ce point, c’est réussi. Mais à force d’insister sur cet aspect, j’ai eu le sentiment que le reste passait au second plan : les personnages, leurs motivations, et surtout la cohérence globale.
Certaines scènes marquent, clairement. Mais elles donnent parfois l’impression d’être là pour choquer plus que pour servir l’histoire. Je préfère également ne pas trop parler de la fin que je trouve baclé… A peine un chapitre sur l’antagoniste principal, et une résolution en une ligne…frustrant…
Un avis en demi-teinte
Je comprends totalement pourquoi ce livre peut plaire. Il propose une vision radicale d’Alice, loin des versions édulcorées, avec une vraie identité. Mais de mon côté, le manque de repères, certaines incohérences et une narration parfois trop axée sur le choc m’ont empêché de pleinement entrer dans l’histoire. Il est possible de cela soit dû à la traduction. En effet les traducteurs sont obligé parfois de choisir certaines nuances…et cela se ressent.
En bref, Une réécriture sombre et audacieuse d’Alice, qui séduira les amateurs de dark fantasy… Mais qui risque de perdre ceux qui, comme moi, attendent un peu plus de cohérence et de maîtrise dans son univers.
Si vous voulez en savoir plus sur les deux premiers tomes de cette collection « A travers le miroir », je vous invite à lire les articles suivant :
La réécriture de cendrillon : Thief Liar Lady
La réécriture de la petite sirène ; Upon a Starlit Tide